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 | Sujet: LE PREMIER REBELLE de William A. Seiter Sam 21 Juin - 17:58 | |
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| DVD
ALLEGHENY UPRISING
LE PREMIER REBELLE de William A. Seiter
| | Par Nicolas VILLODRE |
SYNOPSIS : En 1759, dans la vallée d’Allegheny, terre d’Amérique conquise par les Britanniques, des irréductibles écossais, n’aimant pas vraiment les Indiens, refusent de jouer le trouble jeu de l’Armée d’occupation...
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L’action, puisque action il y a, de ce proto-western (sans revolver ni winchester 73 !) pas trop psychologique, pas vraiment intello, pas bien fatigant pour nos méninges malgré sa structure embrouillée, se situe en Pennsylvanie à une époque où l’Amérique était une colonie britannique (et aussi un peu française sur les bords) et a pour point de départ les attaques indiennes ainsi que la contrebande d’armes et de rhum qu’encourage, si l’on en croit le scénariste Pincus J. Wolfson, le laisser faire, laisser aller de l’officier impérial, libéral et perfide qu’incarne George Sanders. Cette année 1939, cet excellent comédien qui représente l’Anglais de service – au service de sa majesté, s’entend – joua par ailleurs Le Saint, un an après Louis Hayward et deux ans avant Hugh Sinclair, longtemps avant Félix Marten, Jean Marais (mais oui, Jeannot himself !), Roger Moore, Ian Ogilvy, John Wirth, Andrew Clarke, Simon Dutton, Val Kilmer et James Purefoy. Cette année-là fut aussi celle de la sortie triomphale de Stagecoach de Ford, décalqué par Ernest Haycox sur le Boule de suif de Maupassant. Comme on ne change pas une équipe qui gagne, on réengagea le couple écranique de la Chevauchée : Claire Trevor et John Wayne – on, c’est la RKO, qui parvint à « débaucher » ou à « transférer » les deux vedettes qui avaient contribué à la gloire du studio Republic.
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 Le point de vue est ici, comme presque toujours, celui des colons, des pionniers blancs, racistes, bourrus et alcoolos, menés par l’intrépide trappeur pas très trappu interprété par John Wayne qui, en l’espèce, défend le veuf et l’orpheline et épouse la cause de ce petit peuple de proles écossais qui se soulève contre les tribus indiennes et contre les abus de l’aristocratique et arrogante armée britannique. Ça y va joyeusement, côté massacre d’indigènes – cf. à ce propos une des célèbres répliques du film, qui faisait rire à l’époque : « Un bon Indien est un Indien mort », comme côté cavalcades fantastiques – cf. les scènes accélérées du messager changeant de monture aux relais H des postillons qui deviendront, un siècle plus tard, des haltes pour le Poney-express. Au moment où éclate la Seconde Guerre mondiale, Hollywood se permet de critiquer, très surprenamment, le comportement des Anglais dans un opus qui fut perçu par certains comme anglophobe – il pose en effet, un peu maladroitement, le moment n’étant pas particulièrement bien choisi, la question de l’indépendance, et de la guerre ou plutôt de la guérilla qui va avec, des colons américains face aux occupants, récents ou anciens, d’un territoire fantasmé – prétendument vierge. On coupa une dizaine de minutes au métrage, en tenant compte à la fois des réactions aux previews et de la situation géopolitique lors de la sortie du film… À la fin, qu’on se rassure ! tout rentre dans l’ordre : le gouverneur grand-breton donne raison aux émeutiers et désavoue l’officier têtu qui a défendu avec trop de zèle une conception du commerce libre-échangiste couvrant les trafics les plus douteux.
Le réalisateur, William A. Seiter, qui avait débuté comme acteur, producteur et metteur en scène au temps du muet, a tourné des flopées de films, dans tous les genres possibles et imaginables, y compris des musicals avec Fred Astaire ou des comédies plus ou moins drôles avec les exaspérants frères Marx, Abbott & Costello ainsi qu’avec les géniaux W.C. Fields et Laurel & Hardy. Il prend visiblement du plaisir à filmer tout ce qui peut l’être en extérieurs – les quelques séquences tournées en studio se voient et, surtout, s’entendent à la réverbération sépulcrale des voix sur le carton pâte du studio ; il s’autorise une seule transparence qui tendrait à prouver que Miss Trevor n’est pas aussi à l’aise à dada sur un canasson que Big Duke.
 Quelques phrases d’inspiration révolutionnaire émaillent un récit confus et redondant : « L’intelligence existe mais on ne l’enseigne pas aux soldats. » Le leader d’opinion que joue John Wayne, ce trappeur ayant le sens moral et la vie monacale d’un trappiste (il n’a aucun temps à consacrer à la bagatelle !), est, malgré sa grande carcasse, ses cheveux longs de baba cool à la Robin des Bois, toujours mal en point : au début du film, il est entravé et fait partie du lot de quinze prisonniers que s’échangent les Français et les Anglais ; par la suite, il sera blessé par balle et handicapé jusqu’à la fin de la projection ; finalement, il sera réentaulé, jugé pour meurtre et risquera la corde du pendu – rappelons qu’il n’y a pas de film américain sans au moins une scène de procès. La femme est un peu moins palpitante : elle n’a pas le peps de la sauvageonne dans le film réalisé par Ford en 1935, Steamboat Round the Bend ( http://www.objectif-cinema.com/spip.php ?article4636), fait bien plus vieille que son âge ou même que celui du père Lachose (= le savoureux et précoce Wilfrid Lawson qui a tout juste dix ans de plus que sa fille à l’écran !) et, surtout, c’est bien dommage, a un jeu monotone.[justify]Ceci étant dit, si l’on fait abstraction du chauvinisme ambiant, la bande se laisse voir. Les décors, les costumes, les uniformes sont très soignés. Nous avons même droit à une jolie danse de salon chorégraphiée par David Robel ; on a construit un fort Chabrol tout ce qu’il y a de rustique destiné aux scènes de prise de Jéricho (ou de Bastille) ; la dialectique montre que le peuple uni peut vraiment casser des briques ; le débat juridique portant sur les tribunaux d’exception, les limites de la compétence d’une cour martiale, ou encore sur la loi commune qui par principe s’impose à tous, civils ET militaires, est par moments assez pointu et toujours d’actualité, quand on pense à Guantanamo – cf. à ce propos les plans symboliques sur les prisonniers qu’on enchaîne littéralement. L’armée est-elle au-dessus des lois ? Non, répondent les mutins qui sont présentés comme des héros positifs. Les insurgés ont le courage, la motivation et la ruse de sioux pour eux. À neuf, ils parviendront à piéger toute une garnison et à libérer leurs camarades… _________________
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